Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

CM

Club Montaigne
Cercle de réflexions (fondé le 12/10/11)

06-74-30-77-04 / 09-80-77-09-20 / Fax : 09-85-77-09-20
Siège : 81, rue Bourbonnoux - 18000 Bourges (Correspondance uniquement)
QG : 09, rue de la Monnaie - 18000 Bourges
Permanences sur RDV du lundi au vendredi de 14h00 à 19h00.
Courriel :clubmontaigne@gmail.com
Blog : http://clubmontaigne.hautetfort.com
Page : www.facebook.com/clubmontaigne
Twitter : @clubmontaigne

 
Les 12 commissions thématiques de travail :
1) Communication, Culture, Education et Jeunesse
2) Economie Sociale et Solidaire, Fiscalité et Economie de proximité
3) Environnementalisme et Développement durable
4) République, Territorialité
5) Europe, Relations internationales de la France et Défense
6) Logement
7) Emploi, Industries et Commerces de proximité
8) Santé, Famille, Relations humaines
9) Tourisme, Transport, Sports et Loisirs
10) Sécurité et Justice
11) Religions, Laïcité, Diversité
12) Agriculture, Ruralité
 
Chaque commission a pour objectifs de préparer, d'organiser et d'animer, avec un ou plusieurs intervenants extérieurs, les Cafés populaires et Débats du Club Montaigne.
 
 
L'Art de vivre doit se fonder sur une sagesse prudente inspirée par le bon sens et la tolérance...
Montaigne : Les leçons d’un sage…
Sur les deux poutres principales de la bibliothèque du château de Montaigne en Dordogne, les mots clés de l’école sceptique :
« Sans pencher » (… plus d’un côté que de l’autre), « Je suspends » (mon jugement, en n’affirmant pas plus ceci que cela, je reste en équilibre), « Je ne saisis pas » (je ne tiens aucune position dogmatique et fixe), « Je m’abstiens de saisir »… Les traductions ne sont pas pleinement satisfaisantes, mais la posture centrale est claire : indifférence, doute général, refus des certitudes de toute nature, qui nécessairement « s’agrippent » à quelque dogme.
 
Aucune préférence ne s’impose au nom d’une quelconque vérité. Nous ne sommes pas en mesure d’accéder au vrai, nous devons donc suspendre notre jugement, ce qui n’empêche pas d’agir… L’expérience permet de trancher. Aucun traitement n’est plus vrai qu’un autre ou meilleur dans l’absolu. On constate simplement qu’il marche dans certaines circonstances et on s’efforce de l’utiliser à bon escient, empiriquement…
 
Il a aussi fait l’expérience de la coexistence des opinions contraires et des moyens de neutraliser les fanatismes…
 
Les poutres centrales ne cessent de répéter qu’il faut rester comme un acrobate sur un fil. Mais ce relativisme ne paralyse pas. Au contraire, il libère, rend mobile, permet d’avancer de manière allègre, légère, et même joyeuse. Le grand secret de Montaigne tient peut-être dans ce renversement : rendre le doute tonique et non plus affligeant, agir mieux sans dogme qu’avec, vivre plus sagement sans sagesse. Somme toute, être plus assuré grâce à l’incertitude.
 
« Quel homme peut avoir de lui-même grande estime, quand le premier incident venu le réduit à néant ? »
« Ne sois pas plus sage que nécessaire, tu deviendrais stupide. »
« Il est malaisé de donner des bornes à son esprit. »
« Ce qui se présente, réjouis t’en, le reste est hors de ta portée. »
Montaigne constate que « le bien public requiert qu’on trahisse, qu’on mente et qu’on massacre », et il a peu de goût pour ces leçons. Mais on peut entendre aussi, dans cette phrase, qu’il a su mener une politique de l’équilibre, du mouvement, de la diversité. Le grand critique littéraire Albert Thibaudet avait bien compris cela, en 1933 : « En politique, il contient vraiment tout, et les contraires mêmes qui demandent aujourd’hui à être pensés par des cerveaux différents ou ennemis. »
Il faudrait le voir aussi en philosophe exigeant, penseur plus radical qu’on ne croit, plus difficile et plus cohérent qu’on ne dit.
 
« La philosophie ne me semble jamais avoir si beau jeu que quand elle combat notre présomption et vanité, quand elle reconnaît de bonne foi son irrésolution, sa faiblesse et son ignorance. » En cela, il s’inscrit évidement dans la lignée de Socrate comme dans celle des sceptiques. Mais il est aussi homme de son temps, lequel, en un sens, ressemble fort au notre : mutations innombrables, effondrements des savoirs anciens, affrontements des fanatismes religieux…
 
En fait de découvertes philosophiques, Montaigne en fit trois principales.
 
La première fut de comprendre que l’instabilité de nos prétendues certitudes n’est pas une affaire de conjoncture historique. La précarité de notre connaissance, son caractère limité, sa fragilité sont constitutifs de notre condition, prise entre le faible pouvoir de notre raison et l’opacité du Monde.
Quelle que soit l’époque, aussi loin que portent nos investigations, on trouvera « L’ignorance au bout ». Il faut donc commencer par désespérer de la vérité, de la science et de la philosophie. « Nous n’avons aucune communication à l’être » écrit Montaigne dans le texte le plus décisif des Essais, l’« Apologie de Raymond Sebond » (II, 12). Au lieu de vouloir orienter notre regard vers des vérités éternelles, au lieu de nous enjoindre à écouter un mirifique « appel de l’être », Montaigne commence par condamner ce chemin. A ses yeux, il ne mène réellement nulle part.
 
Seconde découverte : un tel abandon n’engendre aucune tristesse. On pourrait s’attendre à des ténèbres angoissantes. La vanité des savoirs deviendrait source de désespoir. Or, c’est l’inverse ! La route incertaine « réjouit », suscite des plaisirs et des surprises toujours renouvelés. Aucune vérité, donc, pas de certitude, nul savoir qui tienne, mais dans cet abîme, des parcours innombrables, des trajectoires incessantes, des revirements continus font jaillir autant de sources de joie. Le secret : s’abandonner au mouvement, rebondir juste au bon endroit, sans craindre le bouleversement permanent du monde.
 
Ce monde « n’est que variété et dissemblance », « branloire pérenne », mutations sans fin. Cette troisième découverte, Montaigne la pousse jusqu’au bout. Sans doute n’a-t-on pas pris toute la mesure du trouble que jette dans la métaphysique son affirmation centrale : « Finalement, il n’y a aucune constante existence, ni de notre être, ni de celui des objets. » Cette phrase, vers la fin de l’« Apologie de Raymond Sebon », défait mine de rien, aussi bien la continuité supposée du sujet que celle des objets. Rien de fixe au-dedans ni au dehors. Que des flux, des discontinuités, des passages…
« Je ne peins pas l’être. Je peins le passage : non un passage d’un âge à un autre… mais de jour en jour, de minute en minute. »
En amoureux de la vie, Montaigne sait qu’il faut, pour s’y plaire, apprivoiser l’idée de la mort, parvenir à en dénouer les intenses terreurs, à rendre familière et banale l’approche de cet ultime instant.
« L’art de vivre doit se fonder sur une sagesse prudente, inspirée par le bon sens et la tolérance... »
 
Montaigne (1533-1595), Philosophe.
Maire de Bordeaux élu en 1581, réélu en 1583.
Plus d’infos : les Essais, écrits de 1571 à 1580, publiés en 1580, réédités en 1582.
 
Bonnes réflexions tous ensemble...!